Il y a du Shakespeare dans cette pièce! Mais on le sait, le Maître Anglais a considérablement et durablement inspiré les auteurs romantiques du XIXème siècle! Déjà, par le choix des noms des personnages, ensuite par les différentes facettes de l'histoire; on passe facilement de la farce à la comédie fine et chatoyante, du souvenir dramatique à la tragédie inéluctable. Et tout cela sous fond de Renaissance Italienne (sous le règne de François 1er), guitare, masque et Carnaval. Rien d'étonnant à cela, car nous savons que l'homme se fourvoie facilement dans une allégresse forcée et extravagante quand il est triste et désoeuvré! Et là, présentement, nous sommes dans du Musset pur et dur ! Dédoublement de la personnalité; Romantique le jour, Dandy le soir, Musset cherche l'amour magnifique et absolu! Il est les deux facettes de la même pièce de monnaie représentées par Octave et Coelio; l'un est l'image même de l'amour furtif et aventureux, l'autre l'Amour idéal et féodal! Entre ces deux là, une Marianne frigide, coincée entre son éducation catholique presque fanatique et son mariage au juge Claudio, barbon jaloux, corruptible et couard. Ce dernier représente "La Justice" dont la particularité est de ne jamais se séparer de son âme damnée Tibia. On rit beaucoup des réparties entre ces deux spécimens là, mais aussi des joutes verbales entre Claudio et Octave, homme actif s'il en est. Marianne voit en Octave une fenêtre ouverte sur la vie, aveugle à l'Amour puissant et sincère mais sans doute trop idéalisé que lui voue Coelio; par sa façon d'être, ses exigences, il ressemble peut-être trop à ce qu'elle cherche à fuir... Mais, à en vouloir trop, l'on a rien... Entre sons de cloches et d'épées, d'instruments musicaux ou de sorcelleries, Musset nous offre une pièce légère et profonde, ornée de moments forts ou drôlatiques, de scènes dont les mots sonnent encore à nos oreilles : "Vous êtes comme les roses du Bengale, Marianne, sans épine et sans parfum" |